Architecture du château

Le château, d’origine médiéval, a été entièrement modifié à l’époque classique.

Le Moyen Age : l’ère des guerriers

pont-levisLe premier propriétaire des lieux est Guy de Lastours aux environs de l’an mille. Gouffier de Lastours, un de ses descendants, est semble-t-il l’un des trente chevaliers qui entrèrent en 1099 dans Jérusalem aux côtés de Godefroy de Bouillon.

Au 12ème siècle, par une alliance, la forteresse appartient à la famille de Born représentée par deux frères ennemis, Constantin et le célèbre troubadour Bertran de Born. La forteresse médiévale, qui n’est connue que par les textes, se composait alors d’un donjon et de plusieurs tours reliées entre elles par des remparts.

Au 15ème siècle, le château passe à une branche de la famille de Gontaut, qui prend le nom et les armes de Hautefort.

Les 16ème et 17ème siècles : l’âge d’or des Marquis de Hautefort

salle des tapisseriesChangement d’époque et évolutions des modes, la forteresse se transforme progressivement en demeure de plaisance. Le château connaît sa période la plus fastueuse au 17ème siècle. François de Hautefort et son petit-fils Jacques-François travailleront successivement avec deux architectes étrangers au Périgord : un lorrain, Nicolas Rambourg, puis, un parisien Jacques Maigret. Le château abandonne alors progressivement ses fonctions défensives pour devenir un château «à la moderne », composé d’un corps de logis et de deux ailes en retour d’équerre, ponctuées de deux tours circulaires.

Par son classicisme, Hautefort ressemble plus à un château de la Loire qu’aux châteaux forts de la région. Son imposante et majestueuse silhouette n’est que le reflet du rang et la puissance des seigneurs de Hautefort.

Les 18ème et 19ème siècles : le temps des incertitudes

galeriePendant la Révolution, la famille de Hautefort n’émigre pas. Le château, utilisé comme « prison pour suspects » de 1793 à 1795, est sauvé de toute destruction.

La famille demeure propriétaire des lieux jusqu’à la fin du 19ème siècle. La veuve du dernier propriétaire descendant de la famille de Hautefort, le comte Maxence de Damas, vend le château en 1890 à un riche industriel, Bertrand Artigues.

Après son décès en 1908 sans postérité, le château connaît une période de déclin vers la vétusté, culminant en 1925 quand des marchands de bien l’acquièrent, le dépouillent et le laissent à l’abandon, manquant de peu de le faire disparaître pour toujours.

Le 20ème siècle : renaissance et reconnaissance

cèdreEn 1929, un coup de foudre va sauver Hautefort, avec l’arrivée du baron Henry de Bastard et de sa femme Simone. Fascinés par les lieux et l’histoire du site, ils redonnent vie à la demeure et à ses jardins. Seule après le décès de son époux en 1957, la Baronne termine les travaux et s’installe au château en 1965. Toutefois, elle assiste, impuissante, à l’incendie qui ravage le corps de logis du château dans la nuit du 30 au 31 août 1968.

Dès le lendemain, la baronne de Bastard décide de restaurer à nouveau son château. Emus par sa passion et sa détermination, tous se mobilisent pour l’aider et l’encourager, depuis les habitants du village jusqu’à des personnalités de l’époque, telles que Pierre de Lagarde ou André Malraux, autant de nouveaux passionnés, anonymes ou connus, qui ont participé à la sauvegarde d’un des plus prestigieux monuments du sud-ouest de la France.

Histoire des jardins

Dès le 17ème siècle, il existait des jardins à la française à Hautefort. Mais ces derniers ont été réaménagés au cours des siècles suivants pour laisser place à ceux que nous admirons aujourd’hui.

Les jardins à la française

 jardins de hautefortEn 1853, le comte de Choulot entreprend une réfection complète des jardins de Hautefort à la demande du Baron Maxence de Damas, propriétaire du château de Hautefort par son mariage avec Charlotte de Hautefort en 1818.

Choulot réalise à Hautefort un plan ambitieux qui répond à son souci d’intégrer le château, les jardins, le parc et le paysage environnant dans un ensemble cohérent et précieux. L’ancienne avant-cour est aménagée en jardins à la française, avec des parterres de gazon bordés de massifs fleuris. Un autre parterre ordonnancé est créé au pied de la terrasse de la cour d’honneur.

La transformation du jardin se poursuit au 20ème siècle avec le baron et la baronne de Bastard, principalement de 1950 à 1980. Sur l’esplanade, une galerie de verdure en thuya du Canada, doublée par un parterre de buis vient remplacer les anciens communs détruits à la fin du 19ème siècle. Les parterres dessinés par Choulot sont conservés mais le gazon et les fleurs disparaissent pour laisser place au buis et à l’art topiaire (l’art de sculpter les végétaux). La terrasse située au nord, est également plantée de buis taillés, alternant avec des ifs en colonne. Disposés sur des terrasses autour du château, les jardins à la française forment un écrin de verdure, propice à une promenade inoubliable.

Le parc à l’anglaise

buis 1Choulot supprime le parc à la française du 17ème siècle au profit d’un parc à l’anglaise. Ce parc, composé d’allées sinueuses, dégageait des vues variées sur le paysage environnant et le château. Les constructions attenantes étaient dissimulées par des plantations de conifères. Le parc présentait également de nombreuses fabriques, une grande diversité de plantations, ainsi qu’un lac artificiel créé pratiquement au sommet de la colline. Fortement endommagé par la tempête de 1999, le parc est toujours en restauration.

Ces jardins sont une des grandes contributions de la baronne de Bastard au sauvetage du château de Hautefort, et ils participent, aujourd’hui encore, à la renommée du domaine et au plaisir de sa visite.

Portrait des propriétaires
de Hautefort

Bertran de Born

Bertran de Born
Vers 1140 – 1215

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Bertran de Born est né vers 1140 dans le manoir de Salagnac aux confins du Périgord et du Limousin. Ses parents Bertran de Born père et Ermengarde ont trois enfants : Bertran, Itier et Constantin de Born.

Ce serait par le mariage d’Agnès de Las Tours et de Constantin de Born que le château de Hautefort serait entré dans la famille de Born. La date de ce mariage n’est pas connue, mais on sait que Olivier de Las Tours (le beau-père de Constantin) est mort vers 1160 et que la famille de Born apparaît à Hautefort entre 1159 et 1179. Vers les années 1160, Bertran de Born épouse Raymonde, la sœur de Olivier de Las Tours.
A la fin du 12ème siècle commence alors une guerre, qui oppose les deux frères pour la possession du château de Hautefort. Bertran, ayant expulsé son frère, devient le maître de Hautefort. Il semble néanmoins que Constantin soit le véritable héritier du château, les droits d’Agnès, fille d’Olivier de Las Tours devant primer sur ceux de la sœur de celui-ci.
Des alliances multiples et changeantes se contractent pour obtenir la maîtrise du château, devenu un enjeu politique. Constantin se rallie au parti de Henri II Plantagenêt et de son fils Richard Cœur de Lion, tandis que Bertran prend le parti du fils aîné du roi, Henri Court Mantel. Les partisans de ce dernier cherchent à reconquérir l’Aquitaine qui ne lui a pas été donnée en partage. En 1183, Hautefort est assiégé par Richard Cœur de Lion et son allié le Roi d’Aragon, et après un siège de huit jours le château est pris. Bertran est fait prisonnier et Hautefort remis une nouvelle fois à Constantin.
Le Roi Henri II Plantagenêt, arrivant à Hautefort peu après, est affecté par le comportement du troubadour lors du questionnement qu’il lui inflige. Par ses habiles paroles évoquant sa douleur entraînée par la mort de son ami Henri Court Mantel, il obtient le pardon du Roi au nom de l’amitié qui le liait à son fils. Il lui rend le château de Hautefort, tandis que Constantin est chassé des lieux.
Dans la Divine Comédie (Inferno, XXVIII, 112-142), Dante Alighieri (1265-1321) évoque l’ombre terrible de Bertran de Born qui erre dans l’enfer, tenant dans une main sa tête en guise de lanterne afin d’expier le crime d’avoir soulevé le fils contre le père. (Henri Court Mantel et Henri II Plantagenêt, Roi d’Angleterre).
A la fois seigneur aquitain, chantre de la poésie, troubadour, guerrier et moine, Bertran de Born se distingue de ses contemporains. L’importance de son rôle politique et la diffusion de ses chansons au-delà de sa province natale en font un cas unique. Il est considéré comme l’un des maîtres du sirventes politique. Sa poésie, qui aborde des thèmes parfois très violents comme les joies de la guerre, est à placer parmi les œuvres majeures de la poésie occitane médiévale.

François, marquis de Hautefort

François, marquis de Hautefort
Vers 1547 – 1640

Louise de Bonneval et Gilbert de Hautefort donnent naissance à François de Hautefort vers 1547 à St Michel de Boulogne (Ardèche).
Gentilhomme de la chambre du roi Henri III et capitaine de cent hommes d’arme de ses ordonnances, il épouse en 1579 Louise des Cars, fille aînée de François Péruse des Cars et de Claude de Beauffremont, propriétaires du château d’Excideuil. De cette union naîtront huit enfants, dont Charles de Hautefort, désigné héritier universel à l’âge de 15 ans, suite au décès de sa mère en 1595.
Si François de Hautefort préfère une existence en marge dans ses nombreuses propriétés à un second mariage, il n’oublie pas pour autant la grandeur de sa maison et l’avenir de son fils Charles. Les achats de terres et de seigneuries se succèdent : la Borie en 1595, les droits de justice sur Nailhac, St Orse, le Temple et Génis en 1600, le comté de Montignac en 1603. Lorsque la propriété terrienne s’accroît, la demeure se doit de refléter l’ascension de la famille. L’ancienne forteresse médiévale se transforme donc progressivement en demeure de prestige. A la fin du 16ème siècle, François de Hautefort demande à Nicolas Rambourg la réalisation d’un plan d’ensemble du château.
La faveur de François de Hautefort à la cour se maintient de règne en règne et il obtient en 1614 de la régente Marie de Médicis l’érection de Hautefort en marquisat.

Charles de Hautefort, qui aborde brillamment la carrière des armes, épouse Renée du Bellay le 13 janvier 1608. C’est un très beau mariage pour l’héritier des Hautefort. Renée du Bellay est, en effet, l’héritière de domaines considérables dans le Maine (la Flotte, Hauterive, Bellefille) et sa famille a une solide réputation à la Cour. Sa mère, appelée Mme de la Flotte à la Cour, filleule de Catherine de Médicis, a toujours conservé un crédit puissant auprès de la famille royale. Charles de Hautefort et Renée du Bellay, qui ont eu six enfants, décèdent successivement en 1616 et 1631, avant la majorité de leur aîné Jacques-François de Hautefort. Ce dernier est émancipé en 1633 par François de Hautefort, son grand-père.
Le vieux marquis signe son testament le 5 avril 1632 à Thenon, laissant sa fortune à son petit-fils. Il termine sa longue vie le 23 mai 1640, inhumé selon son vœu dans le chœur de l’église d’Ajat (Dordogne).

Jacques François, marquis de Hautefort

Jacques François, marquis de Hautefort
1610 – 1680

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Jacques-François de Hautefort est né au château de Hautefort en 1610. Il est le fils de Charles de Hautefort et de Renée du Bellay et le petit-fils de François, marquis de Hautefort.
Son grand-père signe son testament à Thenon le 5 avril 1632, laissant sa fortune à Jacques-François, qu’il émancipe en 1633. Il peut désormais recevoir la donation faite par son grand-oncle, Charles, comte des Cars, en 1625. Il hérite des domaines de la Forêt, de Génis et de Savignac. François de Hautefort fait, de plus, abandon de ses droits sur les biens des Cars au « petit marquis » qui recueille en 1635 l’héritage de sa tante, Mme de la Guitterie.

Brillant soldat, il fait ses premières armes tout jeune dans l’armée de Louis XIII. En 1656, il est nommé premier écuyer de la reine-mère Anne d’Autriche. Il reçoit de Louis XIV confirmation de l’érection de Hautefort en marquisat et de l’incorporation à la châtellenie de Montignac, Juillac et Ségur en Limousin. Ses campagnes militaires et son service à la Cour ne le détournent pas de l’œuvre de reconstruction du château de Hautefort, dont il est considéré comme « le grand ouvrier ». Chevalier du Saint-Esprit, conseiller du roi, maréchal de camp et écuyer de la reine, ses responsabilités auprès de la famille royale sont importantes. Il développe les fonderies du pays d’Ans et devient l’un des principaux fournisseurs des armées de Louis XIV. Sa nouvelle fortune lui permet d’embellir considérablement le château.

Célibataire et peu tourné vers le luxe, il passe pour un « vilain avare » à la Cour. On prétend même que Molière s’en est inspiré comme modèle pour son personnage d’Harpagon dans l’Avare. Il préfère, en effet, économiser toutes ses ressources pour les travaux du château et l’œuvre de sa vie, l’hospice de Hautefort, qu’il fonde en 1669. Il devient ainsi le bienfaiteur des malheureux de son marquisat. Cet édifice, qui rappelle le plan de la Salpétrière à Paris, a une capacité d’accueil de 33 pauvres. L’Hôtel-Dieu abrite aujourd’hui un musée original d’histoire de la Médecine.

Le marquis meurt sans alliance le 3 octobre 1680 à l’âge de 70 ans. Il est inhumé à Paris. C’est lui qui attribue à Hautefort toutes ses lettres de noblesse.

Marie de Hautefort

Marie de Hautefort
1616 – 1691

MarieDeHautefort

Fille de Renée du Bellay et Charles de Hautefort, Marie est la sœur du marquis Jacques-François de Hautefort et la petite-fille de François, marquis de Hautefort. Née en 1616 au château de Hautefort, elle n’a pas connu son père, qui est mort deux mois après sa naissance à Poitiers.
Très jeune, Marie manifeste le désir de découvrir Paris et la vie à la Cour. Son vœu est exaucé lorsqu’elle devient la demoiselle d’honneur de Marie de Médicis dès 1628, à l’âge de 12 ans.
Le roi Louis XIII la remarque aussitôt. Sa beauté, sa modestie, sa piété et sa vertu, inspirent au roi une véritable passion. Leur liaison demeure, toutefois, platonique. On dit aussi que Marie est assez intéressée, altière et prompte à la raillerie la plus amère. Quand elle est de mauvaise humeur le roi l’appelle « la créature ». A la Cour, tous la surnomment « la belle Aurore ».
À la suite de la journée des Dupes et de l’exil de la reine, Marie s’attache au service d’Anne d’Autriche dont elle devint la confidente et l’amie dévouée. Richelieu tente, en vain, d’en faire une espionne auprès de la reine. Marie devient alors l’ennemie du cardinal qui l’éloigne du roi en lui livrant une nouvelle maîtresse. Après ses critiques à l’égard du nouveau favori du roi, Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, elle se lance dans des intrigues qui lui valent la défaveur du roi et un exil au château de La Flotte en 1639. Commence alors une longue amitié avec Paul Scarron.
Après le décès du roi et du cardinal Richelieu, Marie fait un retour en grâce à la Cour de France en 1643. Redevenue coqueluche de la cour, elle rejette à nouveau les demandes en mariage les plus avantageuses. Toutefois, ses intrigues contre le nouveau cardinal, Mazarin, lui vaudront un second exil le 14 avril 1644.
Elle se retire cette fois-ci dans un couvent jusqu’à son mariage avec le maréchal Charles de Schomberg le 24 septembre 1646.

A la mort de son mari le 6 juin 1656, Marie, âgée de 40 ans, regagne Paris et s’engage dans la grande bataille des salons. Lorsque Louis XIV amorce son règne, il suggère à Marie d’accepter une des charges les plus honorifiques de la Cour, celle de dame d’honneur de la Dauphine. Malgré l’insistance du roi, Marie refuse en raison de son âge et de son état de santé. Elle va désormais se consacrer à des oeuvres de charité.
Le 1er août 1691, la « belle Aurore » s’éteint à l’âge de 75 ans. Refusant les cimetières, son corps repose à l’Eglise Saint-Nicolas des Champs.

Le baron de Damas

Le baron de Damas
30 septembre 1785 – 6 mai 1862

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Ange Hyacinthe Maxence, baron de Damas de Cormaillon, est né à Paris le 30 septembre 1785. Il est le fils de Charles, baron de Damas, de la branche bourguignonne de cette famille, dite d’Anlezy, et de Marie Gabrielle Marguerite de Sarsfield. Sa famille émigre en Russie dès 1791. A l’âge de 15 ans, il intègre l’armée du tsar.
En mai 1814, il est nommé gentilhomme d’honneur de la duchesse d’Angoulême et aide de camp du duc d’Angoulême. Lieutenant général en 1815, il est érigé pair de France en 1823.
Secrétaire d’État de la Guerre depuis le 19 octobre 1823, son ministère est essentiellement marqué par la création de la manufacture d’armes de Châtellerault, le projet de loi portant à huit ans le service militaire et son refus de mettre à la retraite d’anciens généraux de l’Empire. Bien qu’ayant une préférence pour le ministère de la Guerre, il accepte, à la demande du premier ministre le comte de Villèle, le portefeuille des Affaires étrangères, en remplacement de Châteaubriand, le 4 août 1824. Il suit le comte de Villèle lors de la chute du ministère le 3 janvier 1828.
Le 22 avril 1828, Charles X, dont il avait toujours été l’un des proches, le nomme gouverneur de son petit-fils le duc de Bordeaux – futur comte de Chambord ou Henri V -, en remplacement de Charles-François de Riffardeau, duc de Rivière, décédé la veille. Le baron de Damas se dévoue sans réserve à cette tâche, éduquant remarquablement son élève sur le plan intellectuel, et lui inculquant ses idées politiques ultra conservatrices. Lors de la révolution de juillet 1830, le baron de Damas obtient le 2 août 1830 à Rambouillet l’acte d’abdication du roi en faveur de son petit-fils. Il rédigea lui-même l’acte que le roi signa, puis prit le chemin de l’Exil avec la Cour à Cherbourg où ils embarquèrent pour l’Angleterre. Le baron de Damas reste gouverneur du duc de Bordeaux jusqu’en 1833 et fût donc un personnage important de la Cour en exil à Holyrood et à Prague.

Par suite du renvoi des Pères Jésuites qu’il avait fait venir auprès de lui pour l’assister dans son rôle de gouverneur du duc de Bordeaux, il se retire à Hautefort, en 1833, auprès de sa femme Charlotte Laure de Hautefort (1799-1847), fille du comte Armand-Louis-Amédée de Hautefort (1776-1809) et de Julie-Alix de Choiseul-Praslin (1777-1799). Il consacre la fin de sa vie à la gestion de l’hospice de Hautefort, à la promotion de l’agriculture par l’instauration de prêt d’honneur et à la rédaction de ses mémoires (baron de Damas, Mémoires (1785 – 1836), publiées par son petit-fils comte de Damas, Paris, 1922).
Il meurt en son hôtel à Paris VIIe le 6 mai 1862, après avoir revu deux fois son ancien élève, à Prague en 1851 et à Frohsdorf en 1857. Ses obsèques sont célébrées en la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin le 9 et il fut inhumé à Anlezy (Nièvre).

http://www.comtedechambord.fr/entourage_damas.php

La baronne Simone de Bastard

La baronne Simone de Bastard
1901 – 1999

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A la mort du baron de Damas (1785-1862), son fils le comte Maxence de Damas de Hautefort (1822-1887) hérite du château de Hautefort. Après des siècles d’appartenance à la même famille, le château devient la propriété de M. Bertrand Artigues, suite à la vente effectuée en 1890 par la veuve du comte Maxence de Damas de Hautefort. Le nouveau propriétaire est un industriel, dont la fortune s’est construite grâce au creusement du canal de Panama. Sensible à l’histoire du château, Monsieur Artigues a restauré sa propriété en respectant l’esprit des lieux. Il s’est également investi très activement dans la première Félibrée (fête consacrée à la culture occitane) tenue à Hautefort en 1899.

Monsieur Artigues décède en 1908, sans descendance, laissant ainsi sa propriété à son frère et à des œuvres caritatives. Au cours des années suivantes, le château et ses terres sont vendues à des marchands de biens qui le dépouillent entièrement de son contenu. Cette période de négligence prend fin en 1929, lorsqu’un jeune couple de mariés, le baron et la baronne de Bastard, achètent ce château délabré et inhabitable. C’est le début d’un nouveau et remarquable chapitre dans l’histoire du château.

Le baron était issu d’une grande famille d’aristocrates déjà ancrée en Périgord, mais sans lien jusqu’ici avec Hautefort. Henry de Bastard (1894 – 1957), un homme d’une culture et d’un goût remarquables, épouse Simone Julie Weill (1901-1999), la fille de David David-Weill, le principal actionnaire de la banque d’affaires Lazard. La restauration du château de Hautefort est incontestablement une idée du baron de Bastard, mais sa femme, qui a partagé son enthousiasme, en a fait l’œuvre de sa vie.

De 1929 au début de la seconde guerre mondiale en 1939, le baron et la baronne entreprennent des travaux de gros œuvres, payés entièrement par le père de la baronne. La baronne a estimé, plus tard, le coût de la restauration à 30 millions de nouveaux francs. Les jardins environnant le château ont également été restaurés et, dans une certaine mesure, redessinés dans les années qui suivirent la guerre. Peu de temps après la mort du baron, le château, alors classé Monument historique, est restauré sous la direction d’un architecte en chef des Monuments historiques, un représentant de l’Etat issu du ministère de la Culture. Au début des années 1960, les travaux de restauration et l’ameublement des intérieurs s’achèvent et la baronne s’installe enfin dans ses appartements. A cette même période, les jardins, la cour intérieure et quelques pièces sont ouverts au public.

Dans la nuit du 30 août 1968, le cauchemar commence. Lors d’une réception entre amis, quelques adolescents qui visitaient les combles ont négligemment éteint leurs cigarettes dans de la sciure de bois. Quelques heures plus tard, le feu s’empare des toitures qui s’effondrent sur les étages inférieurs et le corps de bâtiment central est réduit à une coquille vide. L’étendue des dégâts aurait découragé plus d’un, sans la persévérance, la ténacité et la passion de la baronne. Sans aucune hésitation, à l’âge de 67 ans, elle restaure pour la seconde fois Hautefort en engageant sa fortune personnelle et, avec le soutien du ministère de la culture et celui d’institutions locales et régionales. Un comité national s’est créé pour l’encourager et l’aider à trouver des fonds privés en complément des sommes déjà perçues du secteur public. Elle a assuré que tous les fonds publics et privés seraient utilisés pour restaurer le gros œuvre du monument et pérenniser ainsi sa majestueuse silhouette dominant l’horizon. La restauration des intérieurs et l’ameublement ont entièrement été financés par la baronne et la famille David-Weill. La majorité des peintures et des meubles qui sont aujourd’hui conservés au château proviennent de la collection de David David-Weill dont la baronne en était l’héritière.

Les efforts de la baronne ont été couronnés de succès en restaurant en quelques années seulement la structure du monument. Elle a pu s’installer au château en 1976. En 1985, elle a épousé le général Maurice Durosoy, distingué et hautement décoré par l’Armée. Quand Madame Durosoy (toujours appelée « la baronne ») meurt en 1999, elle était admirée et respectée de tous.
Lorsque la baronne a commencé les travaux de restauration du château de Hautefort, après l’incendie de 1968, elle a clairement annoncé qu’elle le faisait pour sauver un des fleurons du patrimoine architectural de la France et s’assurer qu’il serait préservé pour les générations futures. Dans une lettre écrite au ministère de la Culture, quelques semaines après l’incendie, elle dit :

« Je voudrais cependant qu’une Fondation future conservât à Hautefort sa qualité d’ouverture et de large accueil que mon mari et moi désirions lui donner, caractère que le public sentait particulièrement, si j’en crois les innombrables témoignages que j’ai reçus, émanant des habitants du bourg, de la région, d’amis et d’inconnus, tous bouleversés de ce désastre ».

Créée en 1989 par la baronne de Bastard, la Fondation du château de Hautefort est reconnue d’utilité publique en 1990 par un décret du Conseil d’Etat. Décédée sans descendance, la baronne a légué le château, son contenu et ses terres à la Fondation. Elle l’a également dotée de produits financiers pour assurer son futur. Depuis 1999, Michel David-Weill, le neveu de la baronne, en est le principal mécène.

Portrait des architectes
de Hautefort

Nicolas Rambourg

Nicolas Rambourg
1559 – 1649

Nicolas Rambourg était un élève de Nicolas Ribonnier (1525 env. – 1605), grand bâtisseur et décorateur de la ville de Langres. Lorsqu’il est « reçu maître », Nicolas Rambourg s’installe en Périgord. Il a probablement été recommandé à son premier commanditaire par de hauts dignitaires de l’Eglise de Langres.

Le château d’Excideuil, plusieurs fois assiégé et en fort mauvais état, est son premier chantier. Il y dévoile les multiples facettes de son talent : l’ingénieur militaire (la double enceinte fortifiée), puis l’architecte (construction du châtelet d’entrée) et enfin le sculpteur (décoration des colonnes à bague sculptées de la porte des remparts).

François de Hautefort, ayant vu Nicolas Rambourg chez François Péruse des Cars, son beau-père et châtelain d’Excideuil, a très certainement fait appel à ses services dès la fin des travaux du château d’Excideuil, vers 1587. Ses premières interventions à Hautefort sont d’ordre défensif : restauration des murailles endommagées et fortification de l’entrée commandée par un pont-levis. Il fallait en quelque sorte rebâtir la façade ouest jusqu’à la Tour de Bretagne en y adjoignant de solides fortifications pourvues de créneaux, mâchicoulis, trous de visée pour différents tirs… Le décorateur s’y exerce aussi, en témoignent les colonnes baguées sculptées, le chemin de ronde orné de ciselures, les gargouilles stylisées…

Nicolas Rambourg exerce en Dordogne pendant toute sa carrière. Il est intervenu aux châteaux de Hautefort et d’Excideuil, mais aussi au château de la Surdie près de Cubjac, au château de Sauveboeuf près d’Aubas, au repaire noble de François de la Borie près de Périgueux, etc.

L’ascension sociale de Nicolas Rambourg est remarquable. Par son mariage avec Jeanne Goumard vers 1595, il est introduit au sein de la bourgeoisie locale. Et, par ses talents d’architecte, d’ingénieur militaire et de décorateur, il se construit une solide réputation. C’est au château de Hautefort, et non chez lui à la Genèbre, qu’il décède en 1649 à l’âge de 90 ans.

Source : Sandrine Gendry, Nicolas Rambourg architecte sculpteur 1559 – 1649, BSHAP tXCVI, 1969

Jacques Maigret

Jacques Maigret

17ème siècle.

Nous avons très peu d’informations sur Jacques Maigret, dont le nom apparaît pour la première fois sur des mémoires de sculpture de 1670. Il est recruté à Paris par Jacques-François, marquis de Hautefort, afin de poursuivre l’œuvre de Nicolas Rambourg décédé en 1649.

Jacques Maigret débute sa campagne de travaux vers 1669-1670. Il construit la tour de l’aile orientale, symétrique à la tour de Bretagne, pour y installer la nouvelle chapelle au rez-de-chaussée et des espaces de service aux niveaux inférieurs (four, fournil, blutoir et buanderie). Il aménage aussi la cour intérieure du château en l’ouvrant sur le paysage. Les toitures lui sont également attribuées : les dômes à lanternon des tours, les dômes de la charpente à huit pans couronnés « par une lanterne en impériale », l’aile du châtelet d’entrée, etc.

Si Nicolas Rambourg est l’architecte du château, Jacques Maigret est celui de l’hospice de Hautefort, édifié à la demande du marquis, conformément à l’édit de Louis XIV du 14 juin 1662. L’acte de fondation du 4 février 1669 fait mention de toutes les intentions du marquis respectant ainsi la volonté royale : l’enfermement des pauvres, leur instruction, leur travail. L’hôpital de Hautefort se range parmi les grandes réalisations architecturales hospitalières du 17ème siècle.

François Jeanneau, l’hôpital de Hautefort (Dordogne), extrait du Bulletin de l’association pour le développement de la recherche archéologique en Périgord, N°1, 1986.

Le Comte Paul de Lavenne de Choulot

Le Comte Paul de Lavenne de Choulot
1794 – 1864

choulot

Paul de Lavenne est né le 31 janvier 1794 à Nevers. Il était Garde du corps et lieutenant de cavalerie de Louis XVIII, auquel il doit son titre de Comte de Choulot. Avant l’avènement de Charles X, il passe de la maison du Roi à celle du duc de Bourbon, Prince de Condé, comme Capitaine général des chasses de Chantilly.
La Révolution de 1830 bouleverse sa carrière. Sa fidélité à la dynastie légitime l’opposant à Louis-Philippe, il devient un agent de liaison si important que c’est lui qui apporte à Chateaubriand les instructions de la famille royale exilée (livre 37, Chapitre II des Mémoires d’Outre-tombe).

C’est vers la quarantaine que le Comte de Choulot se passionne pour les jardins et prend la position de chef d’une nouvelle école, qui établit une théorie des jardins modernes appuyée sur l’évolution des idées et des mœurs. C’est à Nevers, en 1846, qu’il annonce la parution d’une « Introduction », qui constitue en quelque sorte un manifeste. Il prône, en effet, un nouveau concept pour les parcs agricoles et paysagers. Un de ses grands principes, dans la conception de parcs, est de créer des liaisons visuelles entre l’intérieur des propriétés et le paysage environnant.

Le Comte de Choulot dessine plus de 250 parcs dans 51 départements français, notamment le parc du Vésinet. Il a également travaillé à Genève et en Italie pour le Roi Charles Albert. Le plan du parc de Hautefort est conçu en 1853, à la demande du baron de Damas, alors propriétaire du domaine par son mariage avec Charlotte de Hautefort.

Yves-Marie Froidevaux

Yves-Marie Froidevaux
1907-1983

Nommé architecte en chef des Monuments Historiques, en 1939, Yves-Marie Froidevaux est aussitôt affecté en Dordogne. Il y restaure de nombreux édifices protégés au titre des monuments historiques : des églises romanes, des châteaux, notamment ceux de Puyguilhem, Beynac, Biron, Bourdeilles, Jumilhac le Grand… On lui doit aussi la protection et la mise en valeur du centre historique de la ville de Sarlat.

Il intervient au château de Hautefort dès 1938, pour de modestes campagnes d’entretien avec le baron Henri de Bastard. Il faut attendre le classement du château, prononcé en 1958, pour que débutent les grands travaux de restauration, sous le contrôle étroit de la baronne Simone de Bastard. Yves-Marie Froidevaux crée en 1959 la façade côté cour de l’aile ouest, donnant ainsi l’ordonnance de l’architecture classique du rez-de-chaussée à l’ensemble de la cour. Les couvertures sont régulièrement entretenues avec des ardoises corréziennes. Après l’incendie de 1968, il dirige le monumental chantier de reconstruction du corps de bâtiment principal.

Yves-Marie Froidevaux a également restauré des monuments de la Manche, de la Vienne, et des Ardennes. En 1953, il est nommé adjoint à l’Inspection Générale des Monuments Historiques et, en 1974, inspecteur général.